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CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 5

CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 5
Catégorie : ACTUALITÉ
le 29/08/2019

Quelle journée ! Pour ce 5e jour de compétition, l'Équipe de France réalise un sublime 3/3 avec en point d'orgue le premier sacre de Marie-Ève Gahié qui, un an après avoir été la finaliste déçue à Baku, est cette fois sur la plus haute marche du podium ! 

C'est sans doute ce qui fait la beauté du Judo ; il y a des fois où l'on perd (le moins souvent possible), et des fois où l'on gagne. Et la victoire appelle souvent la victoire. Après 3 jours de compétition remplis de frustration de voir Mélanie Clément, Amandine Buchard, et Sarah-Léonie Cysique échouer tour à tour au pied du podium, la délivrance est vraisemblablement venue de la reine Clarisse hier. Mais, si hier était une belle journée, que dire d'aujourd'hui ? Nos 3 athlètes engagés ont tout simplement offert un carton plein à l'Équipe de France en s'installant tous sur le podium. Cerise sur le gâteau, Marie-Ève Gahié, a décroché son premier sacre mondial à l'issue d'une journée impeccable. 

Il est 20h21 à Tokyo, 13h21 à Paris lorsque Margaux Pinot fait son entrée dans l'arène pour disputer son ultime combat, celui qui décidera si la licenciée de l'ESBM Judo pourra se faire une place sur la photo lors de la cérémonie de remise des médailles. Margaux ne le sait pas encore, mais elle va mettre l'équipe de France sur orbite au cours d'un quart d'heure qui marquera à coup sûr l'histoire de cette équipe de France lors des Championnats du monde 2019.

© Thierry Albisetti / FFJudo 

Présente en place de trois suite à sa défaite face à la Portugaise Barbara Timo en demi-finale, la Française a dû réaliser ce travail mental si difficile de se remotiver après avoir perdu à coup sûr ce pourquoi elle avait travaillé pendant de long mois. Son parcours jusqu'à la demi-finale avait pourtant été irréprochable. Mais si l'or n'est plus là, le bronze si. Encore jamais médaillée au niveau mondial, la championne d'Europe veut cette médaille de bronze, mais tout laisse à penser que son adversaire, la Suédoise Anna Bernholm, la veut tout autant. Tout va se jouer sur le tatami. Impeccable de concentration et d'application avant sa défaite en demi-finale, Margaux Pinot reprend ce qu'elle avait commencé et débute le combat pied au plancher. La Française agresse son adversaire. Dépassée par la fougue de notre Française, la Suédoise reçoit un shido pour non-combativité à la minute de combat. Vingt-six secondes plus tard, Anna Bernholm est au sol, le regard vide, pendant que Margaux, le poing serré, se replace pour le salut. Il est 20h25 au Japon, la Suédoise a été la victime d'un mouvement sur l'arrière foudroyant de notre championne qui ne laisse pas passer sa chance de monter sur le podium. La troisième médaille de l'Équipe de France est assurée. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Le travail mental aura porté ses fruits, comme Margaux peut elle-même en témoigner "Je me sens finalement bien, j’étais déçue de ma demi-finale, j’aurais voulu faire la finale avec Marie. Mais on passe à autre chose, j’ai quand même rapporté la médaille de bronze donc je suis fière.". Pour Margaux, cette médaille vient récompenser une saison magnifique qui l'a notamment vu, en plus de son premier titre de championne d'Europe, monter sur la 2e marche du podium au Grand Slam de Paris. La Française savoure cette saison réussie : "J’ai fait une saison vraiment bien, la meilleure saison que j’ai pu faire [dans ma carrière], ça me conforte dans mon chemin de travail et dans ce que je fais tous les jours sur un tatami.". 

Il est 20h28 au Nippon Budokan, c'est au tour de Marie-Ève Gahié de faire son retour dans la salle de combat. La Française s'apprête à disputer la finale des Championnats du monde de la catégorie des - 70 kg. Cette entrée dans l'arène de combat, à ce niveau de la compétition, peut faire peur, mais la finaliste déçue de l'édition 2018 a déjà vécu cette expérience. Ce n'est pas le cas de Barbara Timo, pourtant de 6 ans son aînée. La Portugaise découvre pour la première fois l'ambiance d'une finale de championnats du monde. La présence de la judokate classée 29e à la World Ranking List est clairement inattendue, mais Barbara Timo a réalisé un parcours remarquable et notamment réalisé l'exploit de sortir dès le 3e tour la n°1 mondiale Chizuru Arai (JAP). Il s'agit d'un combat piégeux pour la Française, un piège dans lequel est déjà tombée Margaux Pinot au tour précédent. Mais Marie-Ève est prête. Déterminée à ne pas revivre la même déception que l'année dernière, la judokate du Flam 91 veut sa médaille d'or. Pour arriver jusqu'ici, elle n'aura jamais laissé sa place au doute, faisant preuve d'une rigueur et d'une régularité rare, à l'image de sa demi-finale où Marie-Ève n'a eu besoin que de 75 secondes pour se débarrasser de Sally Conway.

© Thierry Albisetti / FFJudo

La Française est dans une bulle, conseillée par sa grande amie et camarade de chambre Clarisse jusqu'à une poignée de minutes avant le combat, elle n'esquisse pas la moindre émotion en montant sur le tatami. Rien ne semble pouvoir lui arriver. C'était visiblement le cas ; pourquoi prendre son temps lorsque l'on peut enfin mettre la main sur ce que l'on attend impatiemment depuis presque un an et cette finale qu'elle a encore en travers de la gorge ? Après 40 secondes de combat, les deux adversaires s'engagent dans un passage au sol, la Française feinte alors la tentative d'immobilisation avant de saisir le bras de Barbara Timo et partir en arrière : juji gatame. La réaction de la Portuguaise est immédiate ; elle tape sur le genou de la Française pour abandonner avant même d'avoir pu comprendre comment son coude avait pu se retrouver dans telle situation. C'est terminé. Marie-Ève Gahié peut regarder haut dans le ciel de Tokyo : ELLE EST CHAMPIONNE DU MONDE ! 

En sortant du tapis, la jeune femme soulève sans effort sa coach Séverine Vandenhende, elle peine peut-être à y croire mais c'est pourtant sûr : elle est championne du monde. Pour ses premiers mots, la nouvelle championne du monde décrit le contraste d'émotions entre une finale perdue et une finale gagnée : "J’y ai repensé [à la finale perdue]. Mais ce n’est pas la même finale, ce n’est pas la même fille, puis aucun championnat n’est pareil. L’année dernière je pleurais, aujourd’hui je rigole, donc oui j’y ai repensé, je voulais rigoler, je voulais sourire.". Effectivement, Marie-Ève sourit, le sourire ne quitte plus son visage. Ce titre est une récompense du travail accompli, mais aussi une étape vers l'objectif ultime, les Jeux Olympiques : "Ça représente un pied vers la route de Tokyo 2020. C’est beau et je suis contente. Il fallait marquer les esprits et j’espère revenir dans un an et faire pareil voire mieux car rien n’était parfait aujourd’hui.". On l'oublie parfois mais Marie-Ève n'a que 22 ans, et malgré son jeune âge, elle dispose déjà d'un palmarès à rendre jaloux parmi les meilleurs judokas. À son retour à l'entraînement, la Française pourra découvrir dans le dojo de l'INSEP sa photo auprès de ses désormais accolytes champions et championnes du monde, une fierté : "Franchement je suis fière et en plus je suis assez proche de toutes mes aînées donc je suis contente.". Les organisateurs et responsables du protocole indiquent qu'il faut se rendre à la remise des médailles, mais Marie-Ève a repéré la même personne qui l'avait accompagnée jusqu'à quelques minutes avant son combat et qui est déjà présente pour la féliciter ; Clarisse Agbegnenou lui saute dans les bras, elle l'a fait ! C’est dans une chambre « en or » que les 2 athlètes iront se coucher ce soir.

© Gabriela Sabau / IJF

Il est 20h33 au Nippon Budokan lorsqu'Axel Clerget fait son entrée dans la salle de combat. Pas encore remis des émotions procurées par la première victoire de Marie-Êve, le clan Français doit à nouveau faire l'usage intense de ses cordes vocales pour encourager le Français en quête de sa deuxième médaille mondiale en deux ans, une médaille de bronze. Plus tôt dans la journée, Axel avait pourtant fait un grand pas vers la plus haute marche du podium en battant le numéro 1 mondial, l’Espagnol Nikoloz Sherazadshvili, en huitième de finale. Mais face à un Noel Van ‘T End plus en forme que jamais et futur champion du monde, Axel a chuté en quart de finale. L'or désormais hors de portée, il reste tout de même le bronze à aller chercher. S'il se retrouve en place de 3, c'est parce qu'Axel a de nouveau sorti une performance héroïque en finale de repêchage. Sa nouvelle victime : Mammadali Mahdiyev, incapable de résister physiquement. Il ne reste qu’un combat à Axel, le combat décisif. En face de lui, il retrouve le Suédois Marcus Nyman, surprise incontestée de ce championnat du monde puisque ce dernier figure à la 74ème place mondiale. Le Suédois est dans un grand jour, mais il en faut plus pour déstabiliser Axel. Malgré une belle résistance de la part de son adversaire et un combat équilibré, Axel réussit une attaque splendide à la toute fin du combat, attaque qui l'envoie directement sur la tant attendue 3ème marche du podium.

© Thierry Albisetti / FFJudo

Il est 20h38, le Français peut exulter, il réalise une sacrée performance avec cette nouvelle médaille, "Je suis le seul à rester sur le podium comparé à l’année dernière. Sur toute l’olympiade, on n'est que 2 avec [Nemanja Majdov] à avoir 2 podiums mondiaux. Ça montre la densité de la catégorie. C’est une catégorie folle, c’est ce qui est excitant, moi ça me stimule." réagit-il en zone mixte. Cette médaille, obtenue malgré une année perturbée par une blessure conséquente, marque les esprits et Axel compte sur elle pour lancer une dynamique qui l'emmènera jusqu'aux JO : "J’ai vu des athlètes d’autres sports décrocher leur qualification [olympique], moi je ne l’ai pas encore. Je ne suis pas qualifié mais je suis projeté sur les JO et on va bosser pendant un an.". Mais quand même, Axel le voulait ce titre mondial, "Evidemment je suis très content, j’étais là pour une médaille, mais je venais pour le titre. Ça va m’obliger à pousser jusqu’à 2021 !" conclut-il avec humour.

En l'espace de 17 minutes, l'Équipe de France a donc quadruplé son total de médailles acquis en 4 jours. Et rappelons nous que la victoire appelle la victoire... 

Demain, Madeleine Malonga, Cyrille Maret et Alexandre Iddir seront sur les tatamis avec pour mission de faire au moins aussi bien que les athlètes engagés aujourd'hui. La barre est haute, mais tous ont un espoir légitime de figurer sur le podium de ces Championnats du Monde 2019 !

L'OEIL DE STÉPHANE TRAINEAU 

Journée historique pour le judo français : trois engagés en début de journée et trois médailles à la fin, c’est exceptionnel, notamment avec une médaille d’or. 

Margaux et Marie-Eve ont été incroyables car elles se sont chacune de leur côté hissées jusqu’en demi-finale. Marie-Eve a été très expéditive. Pour Margaux, cela s’est fait d’une manière quasiment scientifique : très concentrée, très appliquée. Malheureusement Margaux échoue en demi-finale contre la Portugaise Barbara Timo. Elle se fait surprendre sur une espèce de sode, mouvement d’épaule enroulé après une minute de match. C’est dommage mais Margaux sait relever le challenge, elle se reprend et prend une place de 3 très bien jouée. Elle gagne une belle médaille de bronze. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Marie-Eve conclut sa journée comme elle l’a fait toute la journée ; avec des ippons debout, au sol, assez incroyables. Elle remporte son premier titre de championne du monde.  

Nous avons la chance d’avoir deux grandes athlètes dans cette catégorie des - 70 kg et en la personne de Marie-Eve une nouvelle championne du monde. C’est vraiment extraordinaire. On est vraiment très contents. 

Axel avait un tirage au sort compliqué : Frazen Chamberlain (GBR) au 1er tour, Nikoloz Sherazadashvili (ESP), champion du monde en titre, dès le 2ème tour. C’était un début de compétition très dur, il a su rentrer dedans, il n’avait pas trop le choix d’ailleurs. Il s’est hissé jusqu’au quart de finale contre Noel Van T End (NED), le futur champion du monde, mais malheureusement Axel s’incline devant lui. Derrière il a un repêchage compliqué. Et enfin il rencontre pour le bronze le Suédois Marcus Nyman, qui a été très brillant toute la journée. Axel, après avoir remporté le bronze l’année dernière, remporte de nouveau le bronze cette année. Il confirme ce résultat, il confirme son rang, il confirme qu’il a beaucoup progressé et que maintenant il a le potentiel d’être dans les meilleurs mondiaux et donc forcément dans les meilleurs olympiques, ça donne des idées. Je suis très heureux pour lui.  

Clarisse avait montré le chemin en débloquant le compteur hier, aujourd’hui pour le coup ça a été bien compris, le message est passé. J’espère que ça va continuer encore demain. 

Madeleine Malonga a un tirage au sort relativement correct car elle est dans les têtes de série. Alexandre IDDIR et Cyrille Maret sont deux belles chances de médailles. J’espère que demain on aura le même résultat que ce soir, à nouveau trois médailles. C’est tout le mal que je leur souhaite et que je souhaite à l’équipe de France.  

QUELQUES PHOTOS

© Thierry Albisetti / FFJudo

© Thierry Albisetti / FFJudo

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