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CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 4

CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 4
Catégorie : ACTUALITÉ
le 28/08/2019

Elle est désormais seule, seule dans l'histoire du Judo français. En remportant aujourd'hui le 4e titre mondial de sa carrière, Clarisse a dépassé les illutres Brigitte Deydier, Lucie Décosse et Gévrise Émane (3 titres) et devient la Française la plus titrée en championnats du monde. Une performance historique en tous points qui offre à l'Équipe de France sa première médaille dans ces championnats. 

Clarisse la tient cette "4e étoile" comme elle aime ainsi l'appeler. Et en cette soirée du 28 août, Clarisse doit la tenir bien fort tant elle a été difficile à obtenir. La Française aura dû puiser très loin dans ses ressources pour s'offrir le luxe de faire retentir la Marseillaise dans le Nippon Budokan, à l'issue d'une finale d'anthologie contre la Japonaise Miku Tashiro. 

Des difficultés, Clarisse n'en a littéralement connu aucune pendant la phase éliminatoire. Impériale et spectaculaire, la Française a enchaîné les victoires par ippon lors de ses trois combats pour foncer en demi-finale en ne cumulant pas plus de 91 secondes de présence sur le tatami qui accueillera les Jeux Olympiques dans un an. Avec aussi peu de temps passé en combat, le coup était parfait pour Clarisse qui réalisait une économie d'énergie que l'on savait précieuse, mais peut-être plus encore que ce que l'on aurait pu imaginer au vu du scénario qui a suivi. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

En demi-finale, l'élite de la catégorie est bien au rendez-vous puisque les quatre plus hautes têtes de série sont présentes. Dans la première demi-finale, Miku Tashiro profite d'un hansoku make infligé à Tina Trstenjak pour filer en finale. C'était ensuite au tour de Clarisse de remonter sur le tatami. Après des phases éliminatoires express, elle connait enfin son premier test. Ce test s'avère concluant pour notre championne qui piège la Néerlandaise au sol pour une immobilisation dont la Néerlandaise s'extirpe après 18 secondes pour ne concéder que le waza-ari et éviter de peu le ippon. Mais la Française tient son waza-ari d'avance et prend la direction de la finale pour un remake de la finale de Baku 2018.

Clarisse tient sa médaille, mais seul l'or l'intéresse ; Miku Tashiro est la dernière sur son chemin. La Japonaise et la Française se connaissent bien, elles se sont déjà rencontrées 10 fois et la quadruple championne du monde part avec un avantage psychologique non négligeable en l'ayant battu à 9 reprises pour une seule défaite. Mais la Japonaise a bien étudié le jeu de notre championne et on comprend tout de suite que Clarisse n'aura pas la tâche facile. Portée par son public, la vice championne du monde est revancharde, elle agresse notre championne d'entrée. La Française n'est pas en reste et les deux combattantes nous offrent un duel intense.

© Thierry Albisetti / FFJudo

Tour à tour, elles menacent l'adversaire sans parvenir à marquer. Le combat se dirige vers le Golden Score. Dès le début du Golden Score, l'agressivité de la Japonaise monte encore d'un cran et la Française se voit attribuer un shido pour sortie de tapis. Clarisse réagit alors et le combat s'équilibre de nouveau. Mais Miku Tashiro semble comme portée, elle continue d'agresser la Française à la prise de garde et Clarisse se retrouve parfois dans des situations délicates, comme sur cette défense incroyable où la championne se retourne sur elle-même pour éviter une clé de bras. À chaque seconde et chaque minute qui défile au chronomètre, l'intensité dramatique de cette finale monte d'un cran. La Japonaise trouve une parade à toutes les attaques de Clarisse, c'est même elle qui se montre la plus offensive et force Clarisse à encaisser un nouveau shido pour posture trop défensive. Cette finale épique continue sur le même rythme, malgré l'épuisement des deux jeunes femmes à bout de force. La Japonaise repart à l'attaque mais la Française, au bout du suspens, et sur une situation mal embarquée pour elle, trouve la force de défendre une tentative de o-uchi-gari de Miku Tashiro et de la déséquilibrer pour marquer le waza-ari de la délivrance ! Ce sont 11 minutes et 11 secondes d'un combat d'anthologie dont le public du Nippon Budokan se souviendra longtemps qui auront été nécessaires à Clarisse pour s'assurer une nouvelle fois le titre de championne du monde. Les deux jeunes femmes, épuisées, se prennent dans les bras, comme s'il ne devait pas y avoir de perdante dans ce combat mémorable.

La Française est quadruple championne du monde. Les larmes de joie de notre championne sont encore fraîches au moment de faire son premier passage devant la presse en tant que quadruple championne du monde. Mais elle l'a fait, malgré l'opposition de son adversaire Japonaise. Mais alors Clarisse, qu'est-ce que ça fait d'être quadruple championne du monde ? "En commençant le judo, j’aurais jamais imaginé, jamais parié sur ça. Si on m’avait dit 'Clarisse, tu paries qu’un jour tu gagneras une fois ?' j'aurais dis peut être, mais 4 fois j’aurais dit vous êtes fou, et aujourd’hui je l’ai fait." répondra-t-elle. Elle l'a fait, et la difficulté dans laquelle a été remporté ce sacre amplifie d'autant plus sa satisfaction : "J'ai réussi à aller la chercher alors que c’était dur ; je sais que tout le monde m’attend, attend juste de me hacher la tête mais je lâche rien même quand c’est dur et voilà la 4e étoile, je l’ai pas volée et je suis fière de moi aujourd’hui.".

L'histoire de Clarisse en championnats du monde avait commencé au même endroit qu'aujourd'hui, à Tokyo il y a 9 ans, mais son passage sur les tatamis de la capitale japonaise s'était avéré beaucoup plus court qu'aujourd'hui. En conférence de presse, la désormais quadruple médaillée mondiale se remémorait cette expérience : "C’est vrai qu’il y a 9 ans j’ai fait cette même compétition, les championnats du monde, pas dans le même gymnase. J’ai duré 10 secondes et ça a été très dur mais aujourd’hui je peux me dire que dans le même pays [où tout a commencé] j’ai gagné ma 4ème étoile !".  Elle donne rendez-vous au même endroit dans un an. Ses adversaires seront là également, avec en tête de file, sans doute possible, celle qui l'a longtemps mise en danger aujourd'hui, pour une revanche. Clarisse est déjà prête : "Je savais depuis le début [qu'il fallait se dépasser face à Miku Tashiro sic] je l’ai prise en demi-finale des Jeux de Rio et ça avait été aussi très dur, je n’ai gagné que par shido à l’époque. Donc je l’attends, je l’attendais et je l’attendrai.". 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Du côté des Masculins, en - 81 kg, Alpha Djalo a buté au 2e tour malgré une victoire convaincante lors du 1e tour. En se ruant à l'attaque pour tenter de rattraper son waza-ari de retard, le Français a subi l'art du contre de son adversaire égyptien. En conférence de presse, le jeune homme ne pouvait que constater : "À une minute de la fin, il faut s’engager et y aller, il faut être à 100% dans cette situation-là, je n’étais pas à 100% sur cette attaque...". Le Français qui vivait ses deuxièmes championnats du monde préfère retenir le positif : "Il y a deux ans je n’étais pas là du tout, j’étais loin de tout ça. Maintenant je suis là, il faut quand même regarder le positif et voir le chemin que j’ai parcouru jusque-là. Aujourd’hui je suis tombé sur plus fort, il m’a battu.". Alpha va désormais se préparer pour la compétition par équipes mixtes et soutenir ses amis qui doivent encore combattre : "Je souhaite le meilleur à toute l’équipe de France, je vais être derrière ceux qui restent pour les soutenir, pour qu’ils aillent chercher ce que je ne suis pas parti chercher aujourd’hui.".

Demain, trois judokas essaieront d'imiter Clarisse Agbegnenou pour obtenir leur premier sacre mondial. Vice-championne du monde l'année dernière, Marie-Ève Gahié veut monter encore plus haut et décrocher l'or demain à Tokyo. Dans la même catégorie, Margaux Pinot, championne d'Europe en titre, voudra elle aussi se frayer un chemin jusqu'à la finale et vise désormais le titre au niveau mondial. Située chacune dans des parties de tableaux différentes, elles ne pourront pas se rencontrer avant la finale. Chez les Hommes, Axel Clerget, médaillé l'année dernière, voudra rééditer une performance similaire à 2018 pour monter à nouveau sur le podium, et cette fois sur la plus haute marche !

 

L'OEIL DE STÉPHANE TRAINEAU 

C’était une très grande journée pour le judo français et pour le judo mondial.  

Concernant Alpha, il gagne son premier combat, et le combat suivant il est opposé à un Egyptien. C’était le combat à passer car derrière il aurait été opposé à l’Allemand Ressel donc c’était vraiment dans ce 3e tour qu’on voulait voir Alpha. Il passe un peu à côté de son match, il s’est trop appuyé sur le judo de son adversaire, il n’a pas été assez engagé dans ses attaques et donc il perd. C’est un peu dommage car j’aurais vraiment aimé le voir plus loin, notamment contre l’Allemand qui fait partie des favoris et car derrière le chemin était possible. Donc dommage qu’on n’ait pas pu le voir plus. 

Que dire de la journée de Clarisse ? Trois premiers tours expéditifs, très très rapides. Une demi-finale contre une Hollandaise qu’elle connait mais qui connait aussi Clarisse. Et une finale historique, dantesque, presque 12 mn contre la Japonaise Miku Tashiro chez elle. Ça s’est terminé vraiment avec un courage exceptionnel de la part de Clarisse qui s’est accrochée, la Japonaise aussi d’ailleurs. C’est toute la détermination et la volonté de la championne qui a parlé. C’était important aussi car il y avait déjà 3 triples championnes du monde françaises, elle a mis la barre encore un peu plus haut en remportant ce quatrième titre, c’est la première Française 4 fois championne du monde de judo, c’est exceptionnel. En plus de ça elle a encore un peu plus marqué les esprits et son territoire dans la préparation et l’optique des JO l’année prochaine, car ça risque d’être probablement la même finale. Très heureux pour elle, très heureux pour l’EDF qui a débloqué son compteur. J’espère que les garçons et filles qui combattront demain et après-demain et puis encore après-demain s‘inspireront beaucoup de la détermination et toute la volonté que Clarisse nous a montré pour la finale. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Demain, trois chances de médaille importantes : notre championne d’Europe Margaux PINOT, notre vice-championne du monde Marie-Eve Gahié et notre médaillé mondial Axel Clerget. Tous les 3 ont des parcours qui nous laissent à penser que la médaille est possible.  Les tirages sont très corrects pour Marie-Eve et Margaux, en revanche ça risque d’être plus dur pour Axel car le tirage au sort lui a réservé un 2e tour contre le champion du monde sortant, l’Espagnol Nikoloz Sherazadishvili. Donc le test va être rapide, dès le 2e tour pour Axel. A partir de là, si ça passe tout est possible, le chemin va s’ouvrir. On croise les doigts. Trois potentiels de médailles ; trois chances de médailles demain. J’espère qu’après ce qu’ils ont vu aujourd’hui ça va leur donner plein de courage et d’envie. 

QUELQUES PHOTOS 

© Gabriela Sabau / IJF

© Thierry Albisetti / FFJudo

© Thierry Albisetti / FFJudo

© Philippe Rabouin / FFJudo

 

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