Patricia Mérilhou : « La plus belle de mes victoires » - France Judo

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TATAMI!

Patricia Mérilhou : « La plus belle de mes victoires »

27/10/2026

À 56 ans, cette assistante familiale de Haute-Vienne incarne à merveille la résilience et l’esprit de corps forgé sur les tatamis. L’actuelle secrétaire du JC Saint-Yrieix-la-Perche, passionnée de judo depuis l'enfance, a traversé l’épreuve d’un cancer du sein diagnostiqué en février 2025. Confession sans filtre entre rigueur du dépistage, mental d’acier hérité des arts martiaux et reconstruction par le sport-santé.

Quelle place occupe le judo dans votre vie ? 

J’ai commencé à l’âge de huit ans. À l'époque, c’était un engagement total parce que je m’entraînais quasi exclusivement avec des garçons, jusqu’à quinze heures par semaine. Je n’ai jamais lâché et je suis devenue la deuxième ceinture noire féminine du club. Puis la vie professionnelle m’a poussée à partir à Paris et à mettre de côté le judo. Mais quand je suis revenue dans ma région natale, j’ai replongé avec bonheur, en y ajoutant même la pratique du rugby. Car le sport a toujours été mon moteur. 

 

En février 2025, tout bascule. Comment vous détecte-t-on ce cancer ?  

Grâce à une rigueur absolue quant au dépistage. À partir de cinquante ans, je faisais ma mammographie tous les deux ans, au jour près. J’avais aussi l'habitude d'être vigilante suite à des variations musculaires après mes années rugby. Mais ce qu’il faut savoir, c'est que sans cette mammographie de routine, je n’aurais jamais pu m’apercevoir que j’avais une grosseur. C’est allé très vite : une tumeur profonde, un premier ganglion touché, puis une deuxième tumeur et cinq ganglions rapidement atteints. Heureusement, tout s'est enchaîné en peu de temps derrière. 

 

Comment avez-vous encaissé le choc de l'annonce ?  

Le jour de la mammographie, je me suis effondrée. Mais dès la confirmation de la biopsie, je me suis mise en mode guerrière. Le judo et le rugby m’ont inculqué cette mentalité : face à l’adversité, on ne s’apitoie pas sur son sort, on avance. C’est incontestablement le pire des adversaires que j’ai eu à affronter, mais je l’ai battu. C’est la plus belle de mes victoires ! 

 

Quel rôle le sport a-t-il joué pendant vos traitements ?  

Malgré une fatigue immense, des traitements lourds et la gestion de la perte de poids, j’ai cherché à bouger dès que c'était possible. Aujourd’hui je suis sous hormonothérapie pour cinq ans avec de fortes douleurs articulaires, et le sport reste mon meilleur remède pour me déverrouiller de la tête aux pieds. La Ligue contre le cancer m’a beaucoup accompagnée, grâce à des séances de sport adaptées financées par les dons d’Octobre Rose. 

 

À Saint-Yrieix-la-Perche, vous avez aussi trouvé un relais direct au club…  

Oui, c'est une chance incroyable ! Juste avant mon diagnostic, notre club avait formé notre professeur, Aubin Doh, au sport-santé. Dès que j’ai pu reprendre en septembre 2025, après mon opération en avril, ce créneau de renforcement musculaire a été salvateur. Retrouver les copains au dojo, rire de nos genoux qui « couinent », ça fait un bien fou. On forme un groupe formidable, avec des personnes touchées par divers cancers ou qui portent des prothèses. On sue, on se challenge, on souffre aussi un peu, mais dans la bonne humeur, avec un professeur qui veille sur nous. C’est simple, on oublie la maladie dès que l’on grimpe sur le tapis. 

 

Vous avez également choisi d’exposer vos cicatrices à travers un projet artistique fort… 

J'ai effectivement participé à un shooting photo organisé par l'association « La place aux soins » avec d'autres personnes touchées par le cancer. Au début, affronter son corps nu est très difficile, mais c’est profondément libérateur. J’ai choisi d’orner mes cicatrices de symboles japonais : la famille, l'amour, le respect, mais aussi un arum représentant l'amour sincère pour mon mari, mon roc absolu. Cette exposition itinérante tourne dans les hôpitaux de la région, et j'espère l'afficher prochainement au club. 

 

 

Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté judo ? 

Ne jamais négliger le dépistage et prendre soin de soi, car on n’a qu’un seul corps. J’ai mené cet affrontement avec l’esprit du judo, fait de respect, de courage et de combativité. D’ailleurs, j’ai déjà en tête mon prochain défi sur le tatami : comme ma future belle-fille est aussi judoka, pourquoi pas un petit randori amical avant son mariage avec mon fils ? 

 

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