Vincent Benoît : « La proximité est notre plus grande force »
Avec huit clubs et autour de six-cents licenciés, le comité de judo de Lozère fait partie des plus petits OTD du judo français. Pourtant, face aux défis de ce département le moins densément peuplé en métropole – quatorze habitants par kilomètre carré –, le président Vincent Benoît et son équipe font preuve d'une vitalité remarquable.
Vincent Benoît
Comment le comité s'organise-t-il pour animer ce réseau de huit clubs et maintenir le contact avec et entre eux ?
Être un petit comité présente l'avantage d'être très réactif et de mobiliser facilement les plus motivés. Nous structurons l'animation départementale en proposant au minimum un grand regroupement par saison pour chaque catégorie d'âge — des babys jusqu'aux seniors — en y intégrant à chaque fois le para-judo adapté, ainsi qu’un stage départemental de pré-saison sur trois jours, un regroupement pour nos benjamins, une demi-journée d’animation pour nos poussins… À chaque fois, le taux de participation est particulièrement élevé, souvent entre 60 et 70 % des licenciés concernés. Cela nous incite forcément à continuer de proposer ce genre de temps forts.
Quel est le plus grand défi auquel le judo fait face en milieu rural ?
C'est incontestablement le manque d'attractivité et la difficulté de recruter des enseignants. Actuellement, il y a un professeur salarié, deux en prestation de services et quatre bénévoles. En tant qu'ancien président de club, j'ai cherché activement un enseignant pendant six ans en écrivant partout, à toutes les ligues de France mais aussi aux fédérations italienne et espagnole, sans succès. Il est donc très compliqué d'attirer des professionnels en zone rurale, alors qu’un modèle fondé sur un groupement d’employeurs est quasiment prêt à être activé. De plus, nous ne manquons pas d’arguments : on met parfois moins de temps pour aller à la mer depuis chez nous que pour faire le tour de Paris par le périphérique (sourire) ! Ce ne sont pas les mêmes activités qu’en milieu urbain, mais la Lozère offre un cadre de vie très confortable pour celles et ceux qui y habitent. D’ailleurs, ils sont nombreux à revenir au pays une fois leurs études terminées. Et c’est souvent là que nous avons un coup à jouer pour la pérennité de nos clubs…
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C’est-à-dire ?
Lorsque les anciens judokas reviennent en Lozère, généralement entre vingt-cinq et trente ans, avec un métier et une famille, ils se remettent au judo en même temps que leurs enfants. J'ai donc recréé un collège départemental de ceintures noires, pour identifier ces profils et leur proposer de s'engager dans une formation. Conscients que leur emploi du temps est rarement compatible avec un cursus classique, nous avons, en concertation avec la ligue Occitanie, mis en place un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) décentralisé en Lozère et étalé sur deux ans. Une manière de s’engager sans que cela soit trop contraignant qui a convaincu six judokas du département. Un modèle gagnant-gagnant qui a depuis fait des émules, comme dans le Gers qui a reproduit un système similaire.
De quoi enclencher une dynamique globale ?
Sur tous les aspects ! Remettre activement le pied à l’étrier à travers une formation diplômante en a par exemple motivé plus d’un à se relancer en parallèle dans les passages de grade, tandis que de nouveaux regards sur la pédagogie du judo apparaissent dans nos dojos. Pour les parents qui inscrivent leurs enfants au judo, il y a ce côté rassurant de voir quelqu’un vivant dans une situation comparable à la leur tenir le rôle de professeur sur les tatamis. Enfin, cela permet de maintenir de bonnes relations entre toutes les structures, qui savent qu’elles ne peuvent pas être concurrentes dans notre contexte départemental.
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Qu'en est-il de la gestion des jeunes compétiteurs et de l'accès au haut niveau ?
Le projet actuel est de structurer une entente départementale pour rassembler les jeunes compétiteurs dans un petit groupe élite, bien que les clubs tiennent naturellement à garder leurs meilleurs éléments. C'est un petit département, mais nous avons tout de même des minimes qui participent chaque année aux championnats de France. Pour des raisons de performance et d'accompagnement logistique, certains jeunes doivent malheureusement s'orienter vers des structures plus grandes hors du département pour le moment.
Quels sont les projets en cours pour le comité ?
Notre principal frein restant les moyens humains, le taïso n'est présent que dans deux clubs, contre un seul pour le jujitsu, même si j'essaie de structurer un nouveau club pour l'année prochaine grâce à un pratiquant nouvellement arrivé dans le secteur. En revanche, nous avons une activité très importante sur le para-judo adapté, qui nous incite à postuler prochainement pour l’organisation des championnats de France. Et nos clubs n’hésitent pas à proposer leurs services aux instituts spécialisés locaux pour se diversifier avec des séances spécifiques.
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