Ne-waza : les 4 clés d’Alexis Mathieu (-90kg) pour progresser en judo au sol
Sa médaille de bronze au Paris Grand Slam 2026, obtenue suite à un retournement millimétré contre le médaillé olympique grec Theodoros Tselidis, en est la preuve : maîtriser le ne-waza peut vous offrir une infinité de solutions pour remporter des combats. Convaincu, le -90kg Alexis Mathieu vous expose sa vision du travail au sol.
S’AMUSER ET CONSTRUIRE
« Avant mes années juniors, je dois avouer que le ne-waza n’était pas un plaisir pour moi. Comme je n’étais pas efficace, cela se retournait souvent contre moi lorsque je tentais quelque chose au sol, et je voyais donc ça comme une prise de risque. J’ai changé d’opinion lorsque j’ai commencé à chercher à m'amuser, à faire l’effort d’explorer des solutions à chaque situation pour trouver la solution, sortir d'une mauvaise posture ou bien reprendre l'initiative. J’ai alors compris que le ne-waza était une véritable construction, où chaque verrouillage, chaque contrôle est important. Il est essentiel de prendre son temps sur chaque étape, alors que l’on a tendance, notamment en compétition, à se précipiter pour agir vite. »
INSISTER SUR LES LIAISONS DEBOUT-SOL
« En compétition, il est très rare de se retrouver avec son adversaire à genoux comme au début d’un randori classique de ne-waza. La plupart du temps, il faut produire à partir d’une action débutée en tachi-waza, sur quelqu’un qui se retrouve allongé sur le ventre ou à quatre pattes. Quand tu arrives à confisquer une manche ou que ton avant-bras est bien placé pour l’étranglement, la conclusion est généralement positive. Il faut donc plutôt axer le travail à l’entraînement sur des liaisons debout-sol où tu n’as rien d’engagé, où tout reste à faire… Deux à trois fois par semaine, je m’astreins à des sessions d’automatisme pour que mes enchaînements deviennent instinctifs, à même de surprendre mes adversaires avant qu’ils ne trouvent le temps de s’organiser pour se défendre. C’est dans ce petit espace-temps que tout se joue bien souvent ! »
BÂTIR SUR UNE BASE SOLIDE
« Au lieu de s'éparpiller en essayant d'apprendre de nombreuses techniques, il vaut mieux se concentrer sur une seule liaison forte dans un premier temps, pour prendre confiance dessus en parvenant à bien le maîtriser. Une fois ce socle acquis, il est alors possible d’élargir le travail en fonction des réactions du partenaire – s'il bloque, s'il tourne, etc. – et c’est comme ça que l’on se penche sur d’autres directions, d’autres points de contrôle qui amènent de nouvelles situations, et ainsi de suite. C’est identique au tokui-waza que l’on peaufine debout, et auquel on agrège tout un schéma technico-tactique pour enrichir son panel d’attaques. »
ÊTRE EN CONSTANTE RECHERCHE
« J’ai eu ma période "sankaku-jime", une autre où je partais fréquemment sur les clés de bras, probablement parce que je parvenais souvent à garder ma saisie à la manche jusqu’à l’arrivée au sol. Comme ce n’était ensuite plus le cas, je suis parti sur autre chose, comme ce retournement qui me permet d’être de nouveau sur le podium au Paris Grand Slam début février. Je l’avais vu chez plusieurs Japonais, et je l’ai d’abord expérimenté en me présentant côté tête sur un adversaire à quatre pattes. Ce n’était pas la forme qui me convenait le mieux, et j’ai donc évolué sur un départ du retournement en me retrouvant de trois-quarts sur l’arrière de Uke. Là, je me suis senti efficace, et j’ai insisté dessus avant Paris, dans l’idée d’avoir un temps d’avance quelle que soit la réponse que l’on pouvait me proposer. Ça a fonctionné pour cette fois, mais c’est certain que les réactions vont évoluer à l’avenir, et je commence déjà à anticiper la suite, avec des feintes et des enchaînements. Et c’est là que cela devient passionnant ! »
À RETENIR
La construction avant tout : Ne vous précipitez pas, assurez chaque contrôle, chaque verrouillage
La liaison est essentielle : Travaillez spécifiquement le passage du debout au sol.
Spécialisez-vous : Maîtrisez un retournement de base avant d'explorer ses variantes.
Prenez du plaisir : Le sol devient gratifiant dès que l'on commence à trouver des solutions.
FAQ
À quel âge peut-on vraiment progresser au sol ?
Il n'y a pas d'âge, car il y a matière à explorer de nouvelles techniques tout au long du parcours du judoka. Interdites chez les plus jeunes, les techniques de clés (kansetsu-waza) et d’étranglement (shime-waza) s’ajoutent progressivement aux immobilisations (osaekomi-waza)
Que faire si mon adversaire reste totalement fermé à quatre pattes ?
Ne surtout se relever en se disant qu’il sera impossible d’évoluer en ne-waza ! Car c'est là que le travail de recherche des points de contrôle prend tout son sens. En changeant vos angles d'attaque, vous trouverez forcément de nouvelles ouvertures.
L'arbitrage favorise-t-il le travail au sol ?
L'évolution actuelle de l’arbitrage laisse plus de temps pour construire et assurer ses saisies, ce qui présente une excellente opportunité pour les judokas de conclure en ne-waza. Profitez-en !
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