Édito - Santé mentale : bien dans sa tête, fort sur le tatami
Par Daniel Fernandes, responsable de l’équipe de France masculine.
« Ma prise de conscience de l’importance de la santé mentale (déclarée Grand cause nationale en 2025 et 2026 par le gouvernement français, NDLR) s’est construite tout au long de mon parcours. Lorsque j’étais jeune athlète, je suivais ce que me conseillaient mes entraîneurs, tandis que j’ai pris de plus en plus de décisions personnelles, qui me permettaient d'être en phase avec ce que je voulais mettre en place, en accumulant de l’expérience. Avec le recul, il s’agissait déjà d’une forme de préservation de l'aspect mental. Ensuite, mon évolution en tant qu’entraîneur de club m’a permis de comprendre à quel point le besoin de se sentir libre et de faire ses propres choix était moteur pour s'épanouir. Je pense notamment à Ugo Legrand (médaillé olympique et mondial), qui ne pouvait s’exprimer sur le tapis sans ce climat de confiance. Et je pense que c’est pour tout le monde pareil aujourd’hui. »
Écoute et considération
« Plus les athlètes sont responsabilisés et responsables de leur projet, plus le terreau me semble propice à leur expression et leur développement personnel. Et ce sont des facteurs clés de la performance, qui ne doit pas être le seul objectif à poursuivre, même à haut niveau. Nous ne devons pas perdre de vue que ces athlètes que l’on côtoie, du club jusqu’à l’INSEP, nous ne les avons entre les mains qu’une courte période de leur vie. Une tranche d’existence qui peut certes s’avérer exceptionnelle, mais qui peut aussi être destructrice s’il n'y a pas une bonne gestion de la dimension mentale. Mentir ou faire miroiter des choses impossibles peut s’avérer par exemple très néfaste, comme une mainmise trop forte ou un système d’entraînement et de management très vertical. En équipe de France, avec mon staff, nous nous inscrivons dans une démarche très pédagogique, en développant au maximum l’autonomie des athlètes, à qui nous accordons également beaucoup d’écoute et de considération. Quel que soit votre niveau de pratique, ce sont deux notions qui me semblent fondamentales pour offrir la meilleure expérience à nos judokas. C’est un enjeu d’éducation, utile toute leur vie, que de les accompagner dans leur prise de décisions. »
Cela commence par un « Ça va ? »
« Souvent, lorsque je salue un athlète ou un membre de mon staff, cela m’arrive de continuer de serrer sa main après lui avoir demandé comment il allait. Parce que mon "ça va ?" n’est pas une parole en l’air, lancé comme par automatisme, mais une véritable question, dont la réponse m’intéresse vraiment. Cela permet parfois de déceler des petits besoins, de soulever des problèmes qui peuvent enrayer toute la mécanique alors qu’ils peuvent être aisément résolus, et d’ouvrir un temps d’échange qui ne sera jamais inutile. Cela peut paraître dérisoire, mais cette première approche est à la base de tout de mon point de vue. »
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