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L'ESPRIT DU JUDO FÊTE SON 100E NUMÉRO - ENTRETIEN

L'ESPRIT DU JUDO FÊTE SON 100E NUMÉRO - ENTRETIEN
Catégorie : PRESSE / MÉDIAS
le 29/09/2022

À l’occasion du 100e numéro de « L’Esprit du Judo », les deux créateurs, Emmanuel Charlot et Olivier Remy, reviennent sur les meilleurs moments de leurs vingt-cinq années de collaboration, dont dix-huit dédiées au magazine.

Comment est né L’Esprit du Judo ?

Emmanuel Charlot : Pour commencer, notre collaboration a débuté bien avant la naissance de L’Esprit du Judo. Durant plusieurs années, nous avons collaboré à Judo Mag, lancé par Claude Fradet en 1973, en tant que prestataire de la Fédération. Nous, nous avions cette idée audacieuse de faire un magazine hors de la tutelle fédérale, un magazine de fond qui s’intéresse à tout le judo, qui traite toutes les questions en allant au fond des choses. Le premier dossier que nous avons fait était « Pourquoi les Japonais sont-ils les plus forts » – d’où le clin d’œil de pour ce centième numéro, pour évoquer la fascination du judo japonais, et parce que nous aimons la belle technique. Nous sommes en effet les premiers passionnés. Je me rappelle de personnes qui disaient sur les réseaux sociaux et les forums de discussions : « c'est pas mal ce magazine-là, c'est un superbe sujet mais, derrière, ils n’auront rien à dire parce qu’ils ont dit ce qui était le plus intéressant ». Force est de constater qu’après dix-huit ans, nous avons encore pas mal de choses à dire.

 

Plus qu’un média qui s’intéresse au judo français, vous racontez tout le judo...

EC : Dès le début, c’était notre ambition. Ce que j'aime beaucoup avec L'Esprit du Judo, c’est d’apprendre des choses. Ne pas le faire, je pense que ça aurait été une forme d'enfermement par rapport à l'intérêt du lectorat, qui veut qu’on lui parle des phénomènes qu’il admire à la télévision, qu’on les lui explique. Tu ne peux pas toucher le monde amateur si tu ne lui parles pas des grands noms, comme l’Italien Fabio Basile quand il devient champion olympique… sans jamais oublier le club, là où tout se passe.

Olivier Remy : Beaucoup nous demandent comment nous faisons pour obtenir des interviewes profondes. Malgré le fait que nous avons toujours mis une distance avec les athlètes, cela n’empêche pas la confiance qu’ils ont pu nous accorder, y compris sur des questions qui pouvaient parfois les déranger ou les surprendre. Le point commun dans toute notre aventure, c'est notre sincérité. Nous sommes toujours respectueux : quand nous avons un avis négatif, nous allons interviewer des gens qui vont défendre l'autre aspect. Parce que c'est une question de respect du public, et de respect des institutions. Ça peut arriver de se tromper mais, l’idée, c'est que nous faisons vraiment chaque chose avec sincérité, et que nous sommes à l’écoute des questions et des critiques. C’est cette sincérité que nous avons entretenue avec les athlètes et qui a engendré leur confiance au fil du temps. Celle avec nos lecteurs aussi dont beaucoup sont abonnés depuis le premier numéro, certains même à vie.

 

Quel est votre souvenir du premier numéro ?

EC : Nous étions partis avec la « reine Décosse » qui est la grande judoka française de l'époque, et avec laquelle nous avions une belle relation juste après son premier titre mondial au Caire.

OR : Nous avions l’idée de faire que L'Esprit du Judo soit beau, et souhaitions une forme de traitement moderne. Nous avions notamment demandé à un très bon photographe et ami, Laurent Baheux – devenu depuis une référence mondiale en photographie animalière, des choses qui ne se faisaient pas trop dans le magazine sportif de base, type fédéral.

 

Votre numéro préféré ?

EC : J’ai le sentiment que nous n’avons jamais mis moins d’énergie sur un magazine que sur un autre. Nous nous sommes toujours battus de toute notre énergie pour que ce soit le meilleur magazine à chaque fois. Parfois, nous sommes un petit peu en dessous, c'est le lecteur qui peut le dire, mais nous n’en avons jamais bradé un. De ce point de vue-là, nous les aimons tous, même si j'ai un petit faible pour notre quatorzième numéro, qui s’appelle « Comment le Judo vous transforme ? ». Nous sommes allés solliciter des gens de la société civile, des rugbymen connus, des psychologues de renom, un grand chorégraphe, qui avaient tous le point commun d'avoir pratiqué le judo et qui nous ont fait des témoignages d’une puissance qui m'est restée encore aujourd'hui.

OR : Difficile de choisir. Nous avons fait des reportages, presque tout le temps ensemble, assez fous en Géorgie, en Ouzbékistan, au Japon. Quand nous passons deux heures avec Yasuhiro Yamashita, ça reste gravé, et nous essayons de retenir chaque mot.

Olivier Rémy (à gauche) et Emmanuel Charlot (à droite) sont les deux fondateurs de "L'Esprit du Judo" - © Patrick Urvoy

 

Justement, laquelle reste votre interview préférée ?

OR : Nous avons fait beaucoup d’interviews en dix-huit ans, mais celle que je retiendrais personnellement serait celle du médaillé olympique brésilien Flavio Canto, en 2007. Un athlète monstrueux sur les tatamis, notamment au sol, et monumental humainement. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, et alors que nous le connaissions comme champion, nous avons découvert ici son engagement et sa sincérité. Quelqu’un de très inspirant.

EC : J’aime également interviewer les étrangers. Par exemple, ce n’est pas facile d'interviewer un Japonais parce que ce sont des gens qui préfèrent éluder plutôt que répondre. Après vingt ans à interviewer des Japonais, ce qui est émouvant, c’est que tu commences à comprendre ce qu'ils disent, c'est aussi ça l'avantage de travailler aussi longtemps sur des thématiques qui sont toujours les mêmes : le judo, les motivations, le système, etc. Nous finissons par vraiment comprendre de quoi ils parlent et ce qu’ils veulent dire, ce qui doit être le cas de tous les journalistes.

 

Dans votre couverture de la discipline pour L’Esprit du Judoquel est l’événement qui vous a le plus marqué personnellement ?

OR : Pour ma part, Lucie Décosse, aux JO 2012. J’ai d'ailleurs la « Une » de L'Équipe et l’interview que nous avions faite ensemble pour l’EDJ dans mon bureau. C’est très particulier le parcours de Lucie, qui est incroyable en termes de judo mais tellement complexe en matière de confiance en soi, comme en témoigne le jour de sa finale à Londres. Toute la tribune de presse pleurait, ça a été une énorme émotion. 

EC : De mon côté, je citerais les Jeux de Tokyo. D'abord parce que c'était très dur d’y être, il a fallu un combat de toute l'équipe pour y assister. C’est aussi et surtout la journée de combat de Clarisse Agbegnenou qui m’a réellement marquée. J’ai rarement vu une championne monter à un tel niveau de maîtrise de la situation. Et puis l’apothéose de la compétition par équipes… Tu regardes ça, tu prends des photos et tu pleures tellement c’est beau. C’était extraordinaire de voir les athlètes au centre du tapis, et je revois Clarisse qui tombe dans les bras d’Inoue ; ce moment-là, c’est toute l’histoire du sport, c’est un privilège fabuleux d’avoir pu y assister.

 

Votre plus grande fierté ?

L’Esprit du Judo, c’est aussi et surtout une aventure humaine. On a commencé à deux et aujourd’hui on est quinze à vingt personnes dans le projet. On a été rejoint par des équipiers top, avec Antoine Frandeboeuf qui est avec nous depuis dix ans maintenant, des journalistes, des photographes comme Laurent dont a parlé tout à l’heure, mais aussi Paco Lozano, Patrick Urvoy, Aurélien Brandenburger, Robert Danis pour qui nous avons une affection particulière car il était dans les tout premiers numéros, et bien d’autres. Sortir un numéro, c’est un énorme travail d’équipe avec des débats, des échanges, des idées. Nous sommes les capitaines de ce navire, mais c’est vraiment l’équipe qui le fait avancer. Cet esprit d’équipe que l’on a réussi à construire. Notre véritable fierté, c’est ça.

 

Photo du magazine : © Léa Novo