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CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 6

CHAMPIONNATS DU MONDE 2019 - RETOUR SUR LE JOUR 6
Catégorie : ACTUALITÉ
le 30/08/2019

Et de 3 ! Pour la 3e journée consécutive, la Marseillaise a retentit dans le Nippon Budokan. Après Clarisse et Marie-Ève, c'est cette fois Madeleine Malonga qui a fait résonner l'hymne français en s'offrant son premier titre mondial. Il s'agit de la 3e médaille d'or pour l'équipe de France dans ces championnats du monde. On n'avait plus vu ça depuis 2011 à Paris (4 titres). 

Qui aurait pu imaginer cela il y a 3 jours, lorsque la défaite malheureuse de Sarah-Léonie Cysique portait à 3 jours la disette de l'équipe de France sur ces championnats du monde ? Lorsque cette défaite devenait la 3e en autant de jours  dans un combat pour s'assurer une médaille ? Cette défaite est pourtant bien loin dans les esprits des membres du clan Français qui a goûté pour une 3e fois consécutive à la saveur d'une médaille d'or. Après les bonheurs Clarisse et Marie-Eve Gahié, et sans oublier les médailles de Margaux et Axel, c'était aujourd'hui au tour de Madeleine Malonga qui s'est offert son premier sacre dans le pays d'origine de sa discipline, après s'être comportée en patronne durant toute la journée de compétition. 

© Thierry Albisetti / FFJudo

Madeleine était tout simplement plus forte, plus puissante que ses adversaires. Son ultime enchaînement sur Shori Hamada (JAP), championne du monde en titre, en est la preuve irréfutable. Au moment de lancer son attaque, la Française mène déjà d'un waza-ari, rapidement obtenu dans la rencontre sur un impact grandiose qui donnait tout de suite le ton et faisait comprendre à la Japonaise que remporter son 2e titre consécutif sur ses terres serait très compliqué voir même impossible. La Française est plus grande que son adversaire et cet avantage de taille est évident lorsque cette dernière va chercher loin dans le dos de la Japonaise.

 La stat' : Sur les 3 derniers jours, les athlètes féminines de l'équipe de France ont remporté 20 de leurs 21 combats. 

Déchaînée, Madeleine harcèle la Japonaise qui est tout simplement incapable de se mettre au même niveau d'intensité. Mais Madeleine se souvient. Elle avait voulu trop bien faire l'année dernière et avait payé le prix cher de cet excès de fougue. Cette année, la jeune femme de 25 ans garde le contrôle, elle utilise sa supériorité physique à bon escient. Et lorsque la Japonaise saisit une opportunité au sol pour prendre le bras et partir sur une clé, Mado défend corps et âme pour garder son avantage. "Hors de question de perdre en ayant mis waza-ari. À un moment j’ai cru que ça allait céder mais [...] je n’ai pas cédé.". Le combat repart de plus belle et soudain, alors qu'elle pense voir une opportunité, Shori Hamada se rapproche de notre championne pour lancer un o soto otoshi. Mais la Française réagit bien. La scène qui va alors suivre relèverait presque de l'irréel. En terres japonaises, la Française répond à sa prestigieuse adversaire portée par son public par la même technique, les deux athlètes sont ainsi plaquées l'une contre l'autre, c'est à ce moment que le temps semble s'arrêter l'instant de quelques dixièmes de secondes, les supporters Japonais retiennent leur souffle. Mais, dans ce bras de fer à taille humaine, c'est de loin Madeleine la plus puissante, et c'est avec une facilité déconcertante que la Française repousse son opposante qui termine sur les genoux les épaules au sol, terrassée. Son entraîneur Larbi Benboudaoud peut se lever de sa chaise, il semble ne pas croire ce qu'il vient de voir mais pourtant, Madeleine est devant lui, les bras au ciel, son adversaire encore au sol. ELLE EST CHAMPIONNE DU MONDE ! 

La Française était clairement la boss de cette finale, mais c'est finalement tout au long de la journée qu'elle se sera comportée comme tel. Après une entame de compétition légèrement poussive, la nouvelle championne du monde est montée en puissance au fil des combats pour arriver en phase finale en pleine capacité de ses moyens. Si elle confie avoir commencé la journée "un peu stressée", la judokate de l'ESBM Judo a vraiment enclenché le mode machine en demi-finale. La n°1 mondiale et double championne du monde Maria Aguiar, impuissante et battue sur un ippon magnifique de la Française, peut en témoigner. En mission, il ne pouvait rien arriver à Mado qui laissait éclater sa joie au moment de rallier la zone mixte : "Je suis vraiment très très contente. J’ai tellement travaillé pour ça depuis des années, de me dire que j’y suis arrivée... Je suis vraiment super contente.". Cette victoire est une délivrance pour notre Française, mais aussi une preuve du travail accumulé depuis l'année dernière pour passer un cap : "Tout au long de l’année je me suis régulée, j’ai essayé d’attaquer moins précipitamment, être plus posée, et ça a payé aujourd’hui. Tout le travail a payé. D’habitude je ne contre jamais et là on a travaillé ça et j’ai contré !". Avec cette sublime prestation, la Française apporte à son équipe une 3e médaille d'or qui permet à son équipe de revenir à égalité avec le pays hôte en tête du classement des médailles. Madeleine imite ainsi ses copines Clarisse et Marie-Ève, avec qui elle avait pu vivre la joie de cette médaille : "Il y a un peu un effet d’entraînement [avec les médailles sic]. C’est toujours cool quand les copines rentrent et qu’elles gagnent : il y a la folie. Et toi, tu te dis "c’est quand mon jour ?", ça nous fait du bien, ça nous met dedans, sans mettre la pression.". Ce soir, c'est son tour de célébrer ce sacre. Et Mado pourra le célébrer avec les camarades de l'équipe de France, et sa famille, venue la supporter pour l'occasion. Mais la célébration sera courte, la compétition par équipes mixtes est dans deux jours !

© Emanuele Di Feliciantonio / IJF

Du côté des Masculins, la fête fut malheureusement moins belle. Tous les deux éliminés au 3e tour, Cyrille Maret Alexandre Iddir ne connaîtront pas les joies d'une médaille mondiale cette année. Pour le premier nommé, la déception était immense en zone mixte, si bien qu'il ne pouvait retenir ses larmes : "Par rapport à la saison que j’ai produite, ce résultat est une grosse déception car j’avais essayé de rectifier le tir [après un mauvais début de saison sic]. J’avais les capacités aujourd’hui, par rapport à mon ressenti sur le tapis et les choses que j’ai pu mettre en place jusqu’à ces championnats du monde, j’avais le sentiment d'être capable d’aller chercher une médaille. Malheureusement ça s’arrête là.".

Tout avait pourtant bien commencé pour le leader vocal de cette équipe de France. Vainqueur par ippon de son premier combat, le Français enchaîne lors de son 2e tour face à Raman Darwish en remportant son combat sur le gong des 4 minutes. Mais lors de son combat suivant, Cyrille est tombé. Malgré un début de combat des plus convaincants, Cyrille est surpris sur une attaque de son adversaire n°23 mondial Ilyaz Iliasov (RUS), futur finaliste surprise dans la catégorie. Battu avant d'être éligible aux repêchages, le Français à la carrière illustre n'ajoutera pas la médaille mondiale à son palmarès. À l'entendre, il s'agissait peut-être de sa dernière chance : "Je continuerai peut-être un peu après les Jeux, mais je termine ma carrière sans médaille mondiale en - 100 kg, c’est ça qui fait mal.". Mais si la médaille mondiale n'est plus possible, Cyrille fera tout pour saisir sa chance à Tokyo dans un an. Il faudra pour cela se qualifier, il ne l'oublie pas : "Je vais me battre comme un dingue pour aller terminer ma carrière aux JO. On a une belle concurrence avec Alex, je vais tout faire pour aller faire ces Jeux.". Tout n'est cependant pas terminé à Tokyo cette année pour Cyrille, qui sera sans aucun doute un des leaders sur lequel se reposera l'Équipe de France dans moins de 48h pour la compétition par équipes. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Pour Alexandre, le dépit de voir l'aventure s'arrêter était semblable : "Je suis déçu. Je pense que j’étais prêt physiquement, techniquement." réagira le judoka de l'OM Judo après son élimination. Qualifié pour le 3e tour suite à des victoires convaincantes, il tombe face à un adversaire qu'il connaît bien en la personne de Varlam Liparteliani. De tous les combattants du circuit, le n°1 mondial géorgien est celui qu'il a le plus affronté en compétition internationale. Mais le bilan n'est pas en faveur du Français, mené 6 à 2 dans leurs confrontations directes... Mais aujourd'hui est un autre jour, et Alexandre entame le combat avec de très bonnes intentions et met en danger le champion géorgien à plusieurs reprises, sans faire mouche. Mais malheureusement, comme souvent avec les grands judokas, Liparteliani profite d'une micro fissure dans l'armure de son adversaire pour s'y insérer et le faire craquer. Et sur une action lancée par Alexandre en fin de combat, le n°1 mondial contre et met waza-ari. Il ne sera pas rejoint. Après la rencontre, Alexandre ne pouvait que constater : "Je me sentais bien sur le combat, j’avais même l’impression que le combat commençait à lui échapper, il commençait à se jeter par terre, ça commençait à être bien pour moi. Et puis il me piège.". Pour la 3e fois, Alexandre voit son parcours en championnats du monde s'arrêter face au géorgien, décidément sa bête noire.

Demain, pour la dernière journée de compétition individuelle, Anne-Fatoumata M'Bairo sera la seule représentante Française en lice. La Française voudra perpétuer la dynamique de ces 3 derniers jours. Elle aura néanmoins la tâche difficile ; Anne-Fatoumata pourrait rencontrer lors du second tour la Japonaise Sarah Asahinah, qui n'est autre que la championne du monde en titre. Mais Anne-Fatoumata pourra compter sur le soutien de toute l'équipe de France qui sera au complet pour la soutenir avant de préparer la compétition par équipes du lendemain.

L'OEIL DE STÉPHANE TRAINEAU

Aujourd’hui je suis encore une fois très heureux, avec cette nouvelle médaille d’or, qui nous permet de revenir à égalité avec les japonais en termes de médaille d’or.

Je suis très heureux pour Mado, qui a fait une journée extraordinaire, un petit peu à l’image de ce qu’a fait Marie-Eve hier. Les 3 premiers combats ont été expéditifs. En demi-finale, elle a rencontré la double championne du monde Brésilienne Mayra Aguiar, qu’elle a surclassée. Et puis elle a rencontré la championne du monde en titre en finale, la Japonaise Shori Hamada, qu’elle a là aussi vraiment écrasée, par deux waza ari. Elle n’a laissé aucune chance à ses adversaires. Je crois que Mado a pris une dimension encore bien plus grande, après son titre européen l’année dernière, un titre mondial cette année. Maintenant il ne lui manque plus que le titre olympique et c’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter. 

© Philippe Rabouin / FFJudo

Chez les garçons, on l’avait dit, c’était un tirage compliqué, notamment pour Alexandre, mais aussi pour Cyrille. Ils ont chacun buté au même endroit, au troisième tour. Alexandre a buté sur Varlam Liparteliani, numéro 1 mondial. Pourtant, c’était un match qui était largement à sa portée, mais peut-être pas super bien arbitré, peut-être en défaveur d’Alexandre. Mais Alex n’a pas non plus vraiment eu le petit plus qui aurait pu lui permettre de passer. V. Liparteliani était vraiment prenable. S’il était passé, après ça aurait été génial car le tableau s’est ouvert d’un seul coup, on l’a vu d’ailleurs avec le Portugais Jorge Fonseca, qui a su en profiter pour se hisser jusqu’à la finale et remporter le titre.  

Du côté de Cyrille même chose, mais lui c’était avec le russe Niyaz Ilyasov, l’autre finaliste de ces championnats du monde. Un combattant très rugueux. Ça a été compliqué pour Cyrille car l’autre physiquement est très solide. 

© Thierry Albisetti / FFJudo

C’est dommage pour l’un comme pour l’autre, ils avaient ce petit cap à passer, ce n’est pas passé très loin, mais encore une fois ça bute. Je pense qu’il faut qu’aussi bien Cyrille qu’Alexandre prennent conscience qu’ils ont tout ce qu’il faut et que c’est peut-être un petit cap psychologique à passer. Après les phases finales et le podium seront accessibles.  

Pour demain, tirage au sort qui n’est pas très favorable pour Anne car au 2ème tour, si elle gagne le 1er, elle sera opposée à Sarah Asahina, la Japonaise championne du monde. Un peu à l’image d’Alex et de Cyrille aujourd’hui, elle va devoir faire l’exploit de battre la Japonaise championne du monde chez elle, qui a un gabarit assez impressionnant. Il va falloir faire l’effort et essayer de se surpasser pour passer ce cap-là. 

QUELQUES PHOTOS :

© Gabriella Sabau / IJF

© Philippe Rabouin / FFJudo

© Thierry Albisetti / FFJudo

© Thierry Albisetti / FFJudo

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